La saga de Catinou
Le père créateur
Bande dessinée
Cuisine de Catinou
Remèdes d'autrefois
Touristes au pays
Calendrier
Lettre d'information
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
S'abonner
Se désabonner
55 Abonnés
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

Ecoutez la Catinou - Les cerises à l'aigordent

Chère auditrice, cher auditeur,

Vous pouvez écouter la voix de Catinou et suivre le texte de Charles Mouly en même temps. Vous pouvez aussi accéder à la traduction du texte, juste en dessous.

Enfin, vous pouvez récupérer le fichier sonore MP3 en cliquant ICI (si le téléchargement ne fonctionne pas, faire un clic droit sur le même lien puis "enregistrer la cible du lien sous...").
Bonne écoute !

Le texte de ce sketch est celui qui figurait dans l’Almanach de La Dépêche du Midi de 1950, première édition sous la responsabilité de Charles MOULY (qui sera responsable de la publication de ces almanachs jusqu’en 1965). Cette farce a été publiée dans d’autres ouvrages, mais avec quelques modifications, sans doute dictées par la place disponible.

 

LES CERISES A L’AIGORDENT

 

Avec la chaleur chaude, le Jacouti, pour pas se risquer l’évaporation, il se tient l’intérieur très humide...

Me diretz qu’aco cambio pas sas habitudos, et pla sigur un ome bandat es pas qu’un ome bandat, et res ressemblo mai à un ibrougno qu’un type qu’a bebut un cop... Seulement, pourtant, il y a la manière. Et i a trento milo manièros de se banda.

On peut le faire gentiment, et même avec distinction. On peut le faire avec modération et sans exagérer. Mes el, aquel grand tessou ! se bando al darnièr cran. A triple zero. Jusqu’à la limite du possible... Et rappelatz-bous qu’abans de n’arribar aqui se passo qui­com per la gargamèlo !

Et se souloment se tenio tranquille, aquel fegnant ! Mès nani ! Te fout un sagan dins tout Minjocebos, que c’en est une ber­gogne ! Mèmo Moussu le Curè que siosquèt oublijat de le rappela à l’ordre taloment i fasio de bestisos dins sas founctiouns de sacristain...

Imaginez-vous ça, pauvre monde ! Il sonnait l’Angélus en fantaisie. Il oubliait d’enlever les toiles d’araignées du confessionnal. Dans les encensoirs, il mettait du tabac à priser. Il posait le grand missel à l’envers... Si bien que le pauvre M. le Curé, il se demandait s’il devenait pas fadorle que tout d'un coup il savait plus lire la messe. Même qu’un jour, dans les bénitiers, il a mis du riquiqui à la place de l’eau bénite, que tout le monde se suçait les doigts au lieu de se signer !

Enfin, bref ! Arrestabo pas de fa de blagos. Alabes Moussu le Curè (que c'est un bien brave homme) i dis : «Jacouti, mon garçon, il faudrait avoir un peu plus de tempérance, et boire un peu moins de vin...

-         Aco’s que justoment, moussu le Curè, te fout uno calour !

-         Buvez si vous avez soif, bien entendu !... Mais arrêtez-vous de boire quand ce n’est pas nécessaire.

-         Aco’s que justoment, moussu le Curè, iou ai toujoun set !

-         Ah ! Mais c’est que c’est très grave ce que vous me dites là !... C’est très grave !... D’autant plus grave que vous ne faites que des bêtises quand vous avez bu. Je ne parle pas de celles que je supporte et que je vous pardonne. Mais les gens se plaignent !... On est même venu me dire que vous ne prenez plus la peine de creuser assez les tombes, et que vous n’enterrez qu’à moitié les malheureux défunts de Minjecèbes !

-         Boudiou ! Et qu’es aquel couilloun que bous a racountat aco ?... Digas, Moussu le Curè, dempèi que toutis dous mettèm les Minjocebols en tèrro, quantis de paroissiens ne soun tournats sourti ?... »

 

Bejent que i a res a fa per counvertir aquel sac a binasso, Moussu le Curè t’i douno l'absoulutioun, e dis un « pater » supplementari per rattrapa las pecadillos de soun suisso-sacristèn...

 

 Seulement, moi, pauvrots, j'ai pas une patience ecclésiastique... Coumprenètz qu’aco ba pla un joun, dus jouns, et mèmo uno semano. Mès aco pod pas dura touto la bido.

Il me fera devenir chèvre ! Sans coumpta qu’aquel gargamèlo me curo tout dins l’oustal. Je peux pas me tenir du liquide, pauvrots ! Ta lèu qu’a estourit un recipient s’attaquo à un autre. M’a déjà flambat uno barriquo de dus cent bint et un barriquot de cinquanto litros. S’es ingurgitat dos bounbounos de riquiqui, tres bouteillos de ratafia, et uno litro de rhum... Tout i passo ! Et cado souèr, paures pitchous, aco’s uno musiquo... que ça peut pas se dire ! Je peux rien en faire de cet argagnol : bramo, bado, canto, gulo, sauto, danso, te fout uno sarabando que diriatz que tout l’oustal se demoulis.

Moi, pauvrots, de voir ça, la sanquette elle se me tournait en vinaigrette !... Et l’autre joun, a forso de beze que se passabo tout dins le papach coumo un goinfro, que m’acababo tout dins l’oustal, boudiou, pauvre monde ! une colère te m’attrape !... Bous dizi pas qu’aco !... Hurousoment èro pas pes passes, autroment la bourro aurio fumat !

Enfin, figuratz-bous aco ! de la cave au grenier, il restait plus qu’un bocal de cerises à l’aygordan, tout seul dans le buffet de la cuisine... Aquel galuferno abio tout chuquat !

Alors, moi, je me suis pensé : il en reste qu’un, mais il sera pas pour toi ! Aquel boucal, especi de fegnant, l'auras pas !

Et, sur le coup de la colère, je t’attrape ces cerises et je vais les jeter aux poules... Mèmes qu’abion l'aire de s'en re­gala.

Auriatz bist la troumpetto del Jacouti quand se rendèt coumpte qu'abio res plus a teta !... Oh ! la vengeance elle avait réussi à bloc. Et iou  èri pla countento. Souloment, paures efants, qu’uno histouèro !... Je sors dans la cour, et qu'es que besi ? Touto ma poulalho que s'èro enfifarnado de cerièios al riquiqui, èro bandado coumo trento milo Jacoutis ! E aco te fasio uno reboulutioun, que c’est pas possible de l’imaginer : les aucous ensajabon de fa « cocorico ». Les poulets abion mal d’estoumac et ne badabon. Las poulos et les canards dansabon la samba « atomic », et le poul boulio mounta sur toutos las piotos !...

C'était une vision d'apocalypse, pauvrots ! Sans parla que las pauros bestios manquèron ne creba.

Eh be ! Moi je me pense que c’était un avertissement de la Providence : les cerises à l’aygordan elles étaient pas pour la poulaille, mais pour le Jacouti... Chacun sa destinée, pauvrots, et il y a pas moyen de marcher contre. La destinado del Jacouti aco’s de beure, de poumpa, de s’empifra... Il y a rien à faire contre ça !...

Dieu l’a voulu. Amen !

 

Traduction :

LES CERISES A L’EAU DE VIE

 

Avec la chaleur chaude, le Jacouti, pour ne pas se risquer l’évaporation, il se tient l’intérieur très humide...

Vous me direz que ça ne change pas ses habitudes, et, bien sûr, un homme saoul n’est qu’un homme saoul, et que rien ne ressemble davantage à un ivrogne qu’un type qui a bu un coup... Seulement, pourtant, il y a la manière. Et il y a trente mille façons de se saouler.

On peut le faire gentiment, et même avec distinction. On peut le faire avec modération et sans exagérer. Mais lui, ce gros cochon ! il se saoule au dernier cran. A triple zéro. Jusqu’à la limite du possible... Et rappelez-vous qu’avant d’en arriver là, il se passe quelque chose par le gosier !

Et si seulement il se tenait tranquille, ce fainéant ! Mais non ! Il flanque un remue-ménage dans tout Minjecèbes que ça en est une honte ! Même Monsieur le Curé a été obligé de le rappeler à l’ordre tellement il lui faisait de bêtises dans ses fonctions de sacristain...

Imaginez-vous ça, pauvre monde ! Il sonnait l’Angélus en fantaisie. Il oubliait d’enlever les toiles d’araignées du confessionnal. Dans les encensoirs, il mettait du tabac à priser. Il posait le grand missel à l’envers... Si bien que le pauvre M. le Curé, il se demandait s’il ne devenait pas fou, que tout d'un coup il ne savait plus lire la messe. Même qu’un jour, dans les bénitiers, il a mis du riquiqui (de l’eau-de-vie) à la place de l’eau bénite, que tout le monde se suçait les doigts au lieu de se signer !

Enfin, bref ! Il n’arrêtait pas de faire des blagues. Alors Monsieur le Curé (que c'est un bien brave homme) lui a dit : «Jacouti, mon garçon, il faudrait avoir un peu plus de tempérance, et boire un peu moins de vin...

-         C’est que, justement, Monsieur le Curé, il fait une de ces chaleurs !

-         Buvez si vous avez soif, bien entendu !... Mais arrêtez-vous de boire quand ce n’est pas nécessaire.

-         C’est que, justement, Monsieur le Curé, moi j’ai toujours soif !

-         Ah ! Mais c’est que c’est très grave ce que vous me dites là !... C’est très grave !... D’autant plus grave que vous ne faites que des bêtises quand vous avez bu. Je ne parle pas de celles que je supporte et que je vous pardonne. Mais les gens se plaignent !... On est même venu me dire que vous ne prenez plus la peine de creuser assez les tombes, et que vous n’enterrez qu’à moitié les malheureux défunts de Minjecèbes !

-         Boudiou ! Et quel est le couillon qui vous a raconté ça ?... Dites, Monsieur le Curé, depuis que tous les deux nous mettons les minjecébiens en terre, combien de paroissiens en sont ressortis ? »

 

Voyant qu’il n’y a rien à faire pour convertir ce sac à vin, Monsieur le Curé lui donne l’absolution et il dit un « pater » supplémentaire pour rattraper les pécadilles de son Suisse-sacristain...

 Seulement, moi, pauvrots, j'ai pas une patience ecclésiastique... Vous comprenez que ça va bien un jour, deux jours, à la limite une semaine. Mais ça ne peut pas durer toute la vie.

Il me fera devenir chèvre ! Sans compter que ce gargamelle me récure tout dans la maison. Je peux pas me tenir du liquide, pauvrots ! Sitôt qu’il a asséché un récipient, il en attaque un autre. Il m’a déjà flambé une barrique de 220 (litres) et un baricaut de 50 litres. Il a ingurgité deux bonbonnes d’eau-de-vie, trois bouteilles de ratafia (vin cuit) et un litre de rhum... Tout y passe ! Et tous les soirs, pauvres petits, c’est une de ces musiques... que ça peut pas se dire ! Je peux rien en faire de ce zigoto : il crie, il bade, il chante, il hurle, il saute, il danse, il te fiche une sarabande que vous diriez que la maison s’écroule.

Moi, pauvrots, de voir ça, la sanquette elle se me tournait en vinaigrette !... Et l’autre jour, à force de voir qu’il se passait tout dans le jabot comme un goinfre, qu’il m’avalait tout dans la maison, boudiou, pauvre monde ! une colère te m’attrape !... Je ne vous dis que ça !... Heureusement qu’il n’était pas en travers de mon chemin, sinon la bourre aurait fumé !

Enfin, imaginez ça ! De la cave au grenier, il ne restait plus qu’un bocal de cerises à l’eau-de-vie, tout seul dans le buffet de la cuisine... Ce goinfre avait tout sucé ! Alors, moi, je me suis pensé : il n’en reste qu’un, mais il ne sera pas pour toi ! Ce bocal, espèce de fainéant, tu ne l'auras pas !

Et, sur le coup de la colère, je t’attrape ces cerises et je vais les jeter aux poules... Même qu’elles avaient l’air de s’en régaler.

Vous auriez vu la trompette de Jacouti quand il s’est rendu compte qu’il n’avait plus rien à téter !... Oh ! la vengeance elle avait réussi à bloc. Et moi j’étais bien contente. Seulement, mes pauvres enfants, quelle histoire !... Je sors dans la cour, et qu'est-ce que je vois ? Toute ma volaille qui s’était goinfrée de cerises à l’eau-de-vie était saoule comme trente mille Jacoutis ! Et ça faisait une de ces révolutions, que c’est pas possible de l’imaginer : les oisons essayaient de faire « cocorico ». Les poulets avaient mal à l’estomac et ils badaient. Les poules et les canards dansaient la samba « atomique », et le coq voulait monter sur toutes les dindes !...

C'était une vision d'apocalypse, pauvrots ! Sans parler que les pauvres bêtes ont failli en crever.

Eh bien ! Moi je me pense que c’était un avertissement de la Providence : les cerises à l’eau-de-vie n’étaient pas pour la volaille, mais pour le Jacouti... Chacun sa destinée, pauvrots, et il y a pas moyen de marcher contre. La destinée de Jacouti c’est de boire, de pomper, de s’empiffrer... Il y a rien à faire contre ça !...

Dieu l’a voulu. Amen !

 


Date de création : 08/06/2015 @ 15:26
Dernière modification : 08/06/2015 @ 15:26
Catégorie : Ecoutez la Catinou
Page lue 897 fois


Prévisualiser Prévisualiser     Imprimer l'article Imprimer l'article


Documents
Spécial !

Nous contacter :

Lous Coumedians Minjecebols

Eliane RAULET
"Le village"
31420 Saint-André
06.70.35.17.75
eliane.raulet@wanadoo.fr

Michel Saint-Raymond
"Le Herrot"
31230 AGASSAC
06.83.25.54.68
michel.saint.raymond@gmail.com
Recherche



Préférences

Se reconnecter
---

Votre nom (ou pseudo) :

Votre code secret


 Nombre de membres 7 membres


Connectés :

( personne )
^ Haut ^